Ils me reviennent, ni visage ni voix
Leur rendre des comptes aujourd’hui. Comment parler aux revenants qui se souviennent? Quelle réponse à leur dignité, leurs valeurs, leurs utopies… à ces esprits qui ont posé nos pierres, maintenant pulvérisées. Ils me reviennent. Ni visages ni voix; leurs présences emmêlées comme un mouvement pluriel. Ils reviennent, invoqués pour ...
Ces quartiers ont perdu la ville
Ils sourient, débattent. Immenses sourires, jubilation déroutante face aux massacres diffusés en arrière-plan. Experts du Moyen-Orient, ils discutent, argumentent et la fascination étire leurs lèvres. Pas un instant sans sourire. Ils dissertent du Liban, comme s’ils débattaient de leur propre intelligence, de leur savoir et non des images ...
Un chant sous nos peaux
«Le Liban est presque, enfin c’est terrible à dire, mais un pays tellement secoué qu’il est presque défunt. Je ne sais pas si le Liban existe encore aujourd’hui.» L’analyste politique à la radio, timbre blanc, comme les débits entêtants des transistors pendant nos guerres. Mots. C’est dit. Le matin, dans le poste. Envoyé en un ...
Nul besoin de penser, le corps se souvient
On a peur, on s’attend au pire, l’instinct affûté des violences passées. Ils frappent de nuit. D’on ne sait où, ni quand. Ça tombe par surprise, d’un côté et de l’autre. Ça s’infiltre. Nul besoin de penser, le corps se souvient. Mêmes rumeurs remontent, retour à d’anciennes guerres. Retour à l’insécurité latente. ...
Que voit-on quand on lève les yeux?
Que voit-on quand on lève les yeux? Des fils électriques entremêlés comme pelotes de tricot. Entre deux poteaux, imbroglio de directions impossibles à dénouer. Tracés à cran comme autoroutes aux lignes croisées. Que voit-on? Tant de câbles par endroits, que le ciel est comme corps paré de cordes et de métal, peau imperceptible ou à ...
Les rues de Beyrouth, terre de toute permanence
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On dort fenêtres ouvertes. On dort dans le brouhaha, dans les voix fortes des rues, le cliquetis des objets domestiques. On dort dans leurs ...
Beyrouth, chronique d’un effondrement à distance
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De Beyrouth à Paris, même chaleur de rues, mais sèche. Même écrasement, envie de rejoindre les ombres. Les murs d’ici, comme sous les arbres de jeddo ...
Comme fil d’Ariane, les chansons populaires
Ça commence au berceau, la voix de ma mère est aussi chansons populaires. Fairouz, Sabah, Warda, Farid el-Atrach… airs et paroles déformés par sa joie, ses rêveries parfois. Plus grande, je comprendrai que la comptine Yalla Tnam* a été écrite pour Rima, la fille de Fairouz. Comme d’usurper leurs moments, maladroites pantomimes de ...
Ahlane au Liban, bienvenue en France
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Le 21 mars, fête des Mères au Liban, le 4 juin en France. Noter, vérifier, être relancée par la belle-sœur: n’oublie pas, c’est demain, ...
On trouve tout à Paris
Ma mère ne voyage pas sans emporter dans ses affaires nos «spécialités libanaises». Vingt kilos, au moins. Sa valise comme frigidaire regorge de couleurs et d’odeurs. Dans un sac en tissu, des feuilles de persil plat, lavées coupées hachées fin, prêtes à finir en taboulé. L’humilité brune du boulgour. Les petits concombres juteux, ...