Funérailles et douleurs à Majdal Shams après l'attaque à la roquette
Ici Beyrouth•2024-07-28 18:54
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Visages fermés, larmes aux yeux, des milliers de druzes ont grimpé les rues escarpées de Majdal Shams, dimanche, pour assister aux funérailles des jeunes tués la veille dans cette petite ville par une roquette tombée sur le plateau du Golan, annexé en grande partie par Israël.
«C'est la première fois qu'une tragédie de cette ampleur arrive ici», se lamente Fadi Mahmoud, un entrepreneur dans le bâtiment de 48 ans, natif de cette terre druze aux portes de la Syrie et du Liban. «Ces enfants sont ceux de tout le monde ici, on se connaît tous, notre communauté est très soudée», dit-il.
Une marée humaine inonde les ruelles, les gens de la communauté druze d'Israël (une minorité arabophone d'environ 150.000 personnes) sont venus de partout, notamment de Galilée. Certains ont fait plus d'une heure de route pour retrouver les leurs, tous vêtus de noir.
Des centaines de notables et de religieux, arborant les habits traditionnels, notamment un voile blanc qui couvre la bouche pour les femmes et un tarbouche ceint d'un linge blanc pour les hommes, ont aussi accompagné une procession d'où s'élevaient des prières et des chants de deuil.
«Laissez nos enfants en dehors de ces guerres», murmure une femme dans un sanglot depuis le milieu du cortège.
De 10 à 16 ans
Dans le sillage des cercueils recouverts de draps blancs et de gypsophile, des parents s'écroulent. Devant eux, des jeunes portent des portraits des défunts, âgés de 10 à 16 ans, qui se trouvaient sur un terrain de football en contrebas de la ville, avant le drame de la veille.
L'armée israélienne a affirmé que la roquette avait été tirée depuis le Liban par le Hezbollah, soutenu par l'Iran, qu'elle était de fabrication iranienne et transportait une ogive de 50 kilos qui a explosé sur le terrain attenant à une aire de jeu.
Le grillage éventré donne désormais sur des carcasses de vélos et de trottinettes calcinées, éparpillées parterre.
Quelques élus de la Knesset (le Parlement israélien) viennent présenter leurs condoléances et répondre aux questions d'une nuée de journalistes.
Dans la foule, ils sont nombreux à exprimer leurs craintes concernant la guerre qui a éclaté le 7 octobre entre Israël et le Hamas dans la bande Gaza, et ses conséquences au-delà du territoire palestinien, en particulier pour leur ville proche de la frontière avec le Liban.
«Ça nous dépasse»
À la marge, quelques-uns s'échauffent, reflet des divisions au sein de cette communauté issue d'une branche de l'islam chiite, répartie sur trois pays.
«J'ai l'impression que ça nous dépasse, j'ai tellement peur», lâche Amani Safadi, une étudiante de 22 ans qui précise que les habitants de Majdal Shams entendent aussi «toutes les explosions» depuis près de dix mois.
Selon les autorités israéliennes, 22 soldats et 24 civils ont été tués par les tirs du Hezbollah depuis le 7 octobre.
Dans le stade au pied des crêtes calcaires au-dessus desquelles les roquettes traversent le ciel, devant des grappes de maisons coquettes aux balcons débordant de bougainvilliers et de jardinières de liserons, 12 chaises bâchées de noir ont été installées sur la pelouse devant un ballon, lui aussi ceint de noir. Quand les passants les distinguent, beaucoup fondent en larmes.
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Le chef de la diplomatie française est arrivé jeudi à Damas, première étape d'une tournée régionale au moment où la France doit repenser la lutte antijihadiste et redoute un conflit entre les États-Unis et l'Iran.
La poursuite du combat contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) est «une priorité absolue» pour Paris, a assuré le chef de la diplomatie française à l'issue d'un entretien avec son homologue syrien jeudi à Damas.
«Depuis dix ans, la France s'est battue, a combattu sans relâche et sans pitié, les terroristes de Daech (acronyme de l'EI, NDLR) en Irak comme en Syrie», a déclaré Jean-Noël Barrot qui a entamé par Damas une tournée régionale. «Je suis venu réaffirmer cette priorité absolue de la France ici en Syrie».
Jean-Noël Barrot doit se rendre dans l'après-midi en Irak, avant de se diriger vendredi vers le Liban, selon le ministère français des Affaires étrangères.
«Cette tournée vient de la conjonction de deux crises: celle qui a eu lieu tout récemment dans le nord-est syrien, avec des affrontements entre les autorités syriennes de Damas et les forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes, et la menace toujours présente d'une escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran», a expliqué une source diplomatique française.
Jusqu'à présent, les FDS étaient le principal partenaire opérationnel sur le terrain de cette coalition, mais elles ont dû se retirer de vastes pans du nord de la Syrie sous la pression militaire de Damas et s'intégrer au sein de l'armée syrienne.
Les Occidentaux doivent désormais composer avec les autorités syriennes avec lesquelles «il n'y a pas le même historique, il n'y a pas les mêmes réflexes acquis ensemble, il n'y a pas les mêmes liens de confiance», a poursuivi la source diplomatique, faisant allusion au passé d'ancien jihadiste du président Ahmad al-Chareh.
Ce dernier, qui a renversé en décembre 2024 le dictateur Bachar al-Assad, est déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble de la Syrie.
«Il y a toute une architecture contre-terroriste qui est à réinventer dans le nord-est syrien», a insisté la source diplomatique.
Ce sujet sera aussi abordé jeudi avec le pouvoir central à Bagdad puis avec les autorités régionales kurdes irakiennes à Erbil, «puisque l'EI est également une menace syro-irakienne».
Paris martèle que la stabilité de la Syrie est un facteur incontournable de la sécurité régionale.
Contenir les alliés de l'Iran
La question de l'intégration des minorités au nouveau paysage politique sera également au cœur des discussions.
La France se pose en garant de la préservation des droits des Kurdes. Elle entend ainsi veiller au respect de l'accord annoncé la semaine dernière, visant à intégrer les institutions et les forces kurdes au sein de l'État syrien.
Cet accord a anéanti les espoirs des Kurdes de conserver la zone autonome qu'ils avaient instaurée dans le nord et le nord-est de la Syrie au cours de la guerre civile qui a ravagé ce pays entre 2011 et 2024.
«Cet accord est un développement positif mais il y a un certain nombre de défis de mise en œuvre», reconnaît-on à Paris. «Ce sont des acteurs qui viennent de s'affronter, la confiance entre eux n'est donc pas très élevée», observe-t-on, «avec, dans les deux camps, des radicaux qui peuvent faire échouer le processu».
En Irak et au Liban, Jean-Noël Barrot apportera en outre «une forme de réassurance» à des pays qui comptent sur leur sol des groupes alliés à l'Iran les milices chiites et le Hezbollah.
«Ces pays sont susceptibles d'être entraînés dans une escalade, le Liban l'a déjà été en 2024, l'Irak jusqu'ici a réussi à éviter cet engrenage néfaste, mais il faut qu'on puisse évoquer avec ces deux pays, avec leurs dirigeants, le défi que représente cette crise autour de l'Iran», a encore dit la source diplomatique.
L'Iran et les États-Unis doivent avoir des discussions vendredi au sultanat d'Oman, alors que Donald Trump a positionné dans la région une force de frappe navale et militaire considérable pour maintenir la pression sur Téhéran.
À Beyrouth, il sera question de la poursuite du désarmement du Hezbollah prévu dans l'accord de cessez-le-feu de fin 2024 conclu avec Israël.
Le ministre français évoquera la préparation de la conférence de soutien à l'armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure, prévue pour le 5 mars à Paris, dont l'objectif est d'apporter aide financière et équipements pour les renforcer précisément dans leur mission de désarmement du mouvement.
Les forces de sécurité israéliennes redoutent que les rebelles houthis du Yémen ripostent contre Israël si les États-Unis frappent l’Iran, rapporte jeudi le média israélien KAN News.
Selon KAN, la probabilité d’une reprise des attaques des Houthis contre Israël et contre des navires américains est jugée élevée en cas d’intervention américaine en Iran. Une source au sein d’une faction yéménite opposée aux Houthis aurait transmis à Washington des informations sur le risque d’escalade et sur la possible résurgence des frappes sur les navires dans la mer Rouge.
Toujours d’après cette source, les Houthis auraient commencé à repositionner des ressources militaires, dont des missiles et des drones, en prévision de frappes potentielles contre des cibles américaines si une action militaire contre l’Iran venait à avoir lieu.
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Avec son équipe, il s'est attelé au décompte des morts en Iran. Car dès que les premières informations ont filtré, Mahmoud Amiry-Moghaddam, défenseur des droits humains, l'a su: l'ampleur de la répression était «inimaginable».
«Nous n'avons jamais connu ça», affirme le directeur de l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, qui documente les violations des droits humains en Iran depuis 20 ans.
Cette ONG, et d'autres, vérifient les rapports faisant état de milliers de morts depuis le début de la répression des manifestations contre le pouvoir en janvier.
«D'après les témoignages, les informations que nous avons réussi à collecter de part et d'autre du pays, c'est une tuerie de masse, à une échelle sans précédent», ajoute-t-il.
La tâche du macabre décompte est toujours en cours, et a été compliquée par la coupure d'internet, les menaces qui pèsent sur les sources et les familles de victimes à l'intérieur du pays, et la manipulation de contenus, explique Mahmoud Amiry-Moghaddam.
D'emblée, son équipe est tombée sur des contenus créés par intelligence artificielle (IA), ou des vidéos avec pistes sonores ajoutées.
«Très pesant»
Pour la vérification, ils disposent de plusieurs sources directes, et s'assurent de l'authenticité de toutes les vidéos reçues par d'autres biais.
«C'est un travail très pesant», raconte le responsable de l'ONG. «Et puis vous contactez la famille, et quand ils parlent, qu'ils décrivent ce qu'ils ont vu, c'est probablement le plus dur».
IRH publiait des bilans quotidiens au début de la contestation mais a cessé de le faire après avoir confirmé la mort de 3.428 personnes, expliquant que ce chiffre ne «reflétait absolument pas la réalité».
Car l'ampleur de la répression dépasse ses capacités de vérification selon ses standards. «Le processus prend tellement de temps», admet Mahmoud Amiry-Moghaddam.
«On continue à recevoir de nouveaux rapports tous les jours et on continue à vérifier tous les jours», dit-il. Pour lui, les bilans circulant dans les médias - certains évoquent 36.000 morts - «sont parfaitement réalistes».
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Mai Sato, a estimé fin janvier que la coupure d'internet avait «caché l'ampleur réelle des évènements» et permis au pouvoir de «contrôler le flot d'informations».
Les autorités iraniennes elles, ont reconnu que 3.117 personnes avaient été tuées mais soutenu que la plupart d'entre elles étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des «terroristes» agissant pour le compte des États-Unis et d'Israël.
«Attendre la chute du régime»
L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, avance un chiffre de 6.872 morts, dont une majorité de manifestants, et vérifie toujours 11.280 autres morts potentielles. Elle fait aussi état de 50.000 arrestations.
La petite équipe «croule sous le travail à cause des ressources limitées», dit sa conseillère juridique, Jennifer Connet.
«Chaque cas est vérifié de façon indépendante, grâce à des sources directes du réseau établi de longue date en Iran par HRANA», précise-t-elle par message.
L'organisation a lancé un appel public pour que des documents, images ou vidéos lui soient envoyés, et a réussi à parler à certains de ses contacts en Iran pendant la coupure d'internet, par «des canaux plus sûrs et plus simples», notamment les lignes de téléphone fixes.
Comme IHR, ils doivent faire le tri dans le flot d'informations, parfois truquées.
«Si une vidéo affirme que les forces de sécurité tiraient sur des civils tel jour et tel lieu, nous vérifions si des rapports indépendants confirment les tirs, les armes utilisées, et si les récits concordent».
Plusieurs semaines après l'arrêt des manifestations, de nombreuses familles cherchent encore leurs proches, et la confirmation de certaines morts pourrait prendre des années, avertit Mahmoud Amiry-Moghaddam.
Faute de chiffres précis, IHR continue à raconter l'histoire des manifestants tués. Cette jeune femme morte dans les bras de son père, l'adolescent tué à tout juste 16 ans.
«Mais pour ce qui est du bilan, on devra probablement attendre la chute du régime».
AFP
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