L’encre du cœur s’est évaporée, dissoute dans l’océan numérique. Nos doigts, agiles sur les claviers, peinent à retrouver la lente danse de la plume sur le papier. Le verbe amoureux s’est réduit à des émoticônes, à des messages instantanés, à des déclarations éphémères qui s’effacent dans le flux incessant des notifications. L’épistole enflammée, autrefois messagère de passions ardentes et de désirs profonds, s’est muée en une missive numérique, aseptisée, dénuée du parfum subtil de l’encre et du tremblement de la main qui trahit l’émotion. Où sont les longues nuits passées à choisir le mot juste, à raturer, déchirer, recommencer, puis à calligraphier avec soin des phrases qui portent toute l’âme, à laisser s’épancher sur le papier l’encre du cœur, la lave du désir? Notre époque, gorgée d’immédiateté et d’éphémère, a sacrifié l’art de la lettre d’amour sur l’autel de la vitesse et de la virtualité. Nous ne savons plus écrire l’amour, le laisser s’inscrire sur la blancheur du papier, lui donner corps et durée, le confier à la fragile enveloppe qui le portera à l’être aimé. Nous ne savons plus que le crier, le susurrer, le partager en un instant dans des applications, le condamner à l’oubli dans la mémoire numérique, incapable de retenir le parfum subtil de l’encre et le frémissement du cœur. Nous ne savons même plus écrire du tout…
Mais voilà que depuis une dizaine d’années, dans le paysage urbain de Séoul, une tendance singulière se dessine: le «café à lettres». Ce concept connaît un succès grandissant et s’inscrit dans la riche histoire caféinée du pays. Depuis son introduction par le roi Gojong en 1896, les établissements servant cette boisson ont joué un rôle crucial dans la société coréenne. Des «dabangs» des années 1920, lieux de rencontre pour l’élite intellectuelle, aux cafés thématiques contemporains, l’évolution de ces espaces reflète les transformations sociales et culturelles du pays. C’est dans ce contexte que sont nés les «cafés à lettres» qui proposent une expérience unique: écrire une lettre à son futur soi, ou à un proche, destinée à être reçue dans un an ou plus. Car les cafés à lettres offrent plus qu’une simple tasse de café. Ils proposent un moment de pause et de réflexion dans un monde hyperconnecté. Les clients reçoivent un kit comprenant papier à lettres, enveloppes et accessoires pour sceller leur missive. L’ambiance, soigneusement étudiée, invite à l’introspection et à la projection dans l’avenir. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large de «slow life» et de retour à des pratiques plus authentiques. Il répond à un besoin croissant de connexion avec soi-même et de prise de recul dans une société en constante accélération.
En effet, chaque lettre écrite est une bouteille lancée à la mer du temps, porteuse d’un message précieux destiné à échouer sur les rives de notre futur. Dans ce rituel quasi sacré, l’encre devient le sang de nos aspirations, et le papier, la peau de nos ambitions.
Les clients, penchés sur leurs missives, ressemblent-ils à des oracles modernes, scrutant l’horizon de leur existence pour y déceler les contours flous de leur destinée? Car s’écrire à soi-même, c’est oser se regarder dans le miroir du temps, c’est accepter sa vulnérabilité tout en affirmant sa volonté de grandir. C’est aussi un acte de foi, une promesse faite à soi-même de persévérer, de ne pas oublier ses rêves dans le tourbillon du quotidien.
Alors que ce concept du «café à lettres» va ouvrir ses portes dans quelques jours à Paris (Café Pli), n’est-ce pas en réalité l’occasion – plutôt que de s’écrire à soi-même – d’écrire une lettre d’amour à un être cher, en s’inspirant de la correspondance passionnée entre Albert Camus et Maria Casarès publiée chez Gallimard? On découvre là combien l’acte d’écrire une lettre d’amour transcende la simple introspection pour devenir un témoignage vibrant de l’âme, une déclaration d’éternité face à l’éphémère, comme en attestent ces mots de Camus à sa bien-aimée: «Tu me donnes plus que je ne pourrai jamais mériter. Et j’accepte avec respect et gratitude cet amour merveilleux qui me fait vivre.» Cette correspondance révèle un amour passionné, intellectuel et tumultueux, constamment confronté à des obstacles: la guerre, la maladie, les obligations familiales et les carrières exigeantes de chacun. Leur amour se nourrit autant de la présence que de l’absence, de la joie que de la douleur, créant un lien indestructible, une «patrie à deux».
«Personne au monde n’aimera autant que moi tout ce que tu feras.» (Maria à Albert, 24 juillet 1949)
«Je voudrais que tu me connaisses entièrement, dans la clarté et la confiance.» (Albert à Maria, 12 août 1948)
«Peut-être m’aimeras-tu vraiment que lorsque tu m’aimeras avec mes faiblesses et mes défauts.» (Albert à Maria, 7 juillet 1944)
«Ensemble une fois de plus! Mais jamais comme ce soir, et malgré tous les obstacles, je n’ai débordé de gratitude, de fierté, et de tendresse.» (Albert à Maria, 17 décembre 1949)
«J’ai faim de toi. J’ai soif de toi. Ah! Que c’est long.» (Maria à Albert, 13 janvier 1950)
«Également lucides, également avertis, capables de tout comprendre donc de tout surmonter, assez forts pour vivre sans illusions, et liés l’un à l’autre, par les liens de la terre, ceux de l’intelligence, du cœur et de la chair, rien ne peut, je le sais, nous surprendre, ni nous séparer.» (Albert à Maria, 23 février 1950)
«Mon amour, mon seul, mon grand amour, je vais revenir bientôt – je ne pourrai rien sans doute pour ton pauvre cœur, pour compenser ce qu’a de terrible et d’injuste cette vie. Mais du moins, je veillerai près de toi et je t’épargnerai les petites choses, les ennuis, les servitudes, tout ce qu’un homme peut faire pour la femme qu’il aime.» (Albert à Maria, 18 février 1950)
Et puis cette dernière lettre du 30 décembre 1959 d’Albert à Maria: «Je t’envoie déjà une cargaison de tendres vœux, et que la vie rejaillisse en toi pendant toute l’année, te donnant le cher visage que j’aime depuis tant d’années (mais je l’aime soucieux aussi, et de toutes les manières). Je plie ton imperméable dans l’enveloppe et j’y joins tous les soleils du cœur. À bientôt, ma superbe. Je suis si content à l’idée de te revoir que je ris en t’écrivant. J’ai fermé mes dossiers et ne travaille plus (trop de famille et trop d’amis de la famille!). Je n’ai donc plus de raison de me priver de ton rire, et de nos soirées, ni de ma patrie. Je t’embrasse, je te serre contre moi jusqu’à mardi, où je recommencerai.»
Alors écrivons-nous des lettres d’amour avant de connaître le même sort qu’Albert Camus, non pas pour conjurer l’absence, ni pour vaincre la distance, mais pour laisser sur le papier la trace fragile d’un cœur incandescent, pour que nos mots résonnent encore, comme un écho lointain, dans le silence du monde, et pour que l’amour, ce bûcher de joie et de douleur, éclaire à jamais la nuit immense.
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Quelques semaines après le décès de l’actrice et militante, son époux depuis 33 ans, Bernard d’Ormale, a été élu à la présidence de la Fondation Brigitte Bardot. L’industriel accompagnera la continuité des actions en faveur des animaux, dans le respect de l’esprit et de l’éthique instaurés par l’actrice. La fondation, qui compte près de 300 salariés, 500 bénévoles et agit dans plus de 70 pays, poursuit ainsi sa mission de protection et de secours des animaux.
L'époux de Brigitte Bardot, Bernard d'Ormale, a été élu vendredi à la présidence de sa fondation pour la cause animale, selon un communiqué.
«Mari de Brigitte Bardot durant 33 ans, il l'a accompagnée dans la vie comme dans l'ensemble de ses combats en faveur des animaux en détresse. Il veillera scrupuleusement à ce que l'esprit souhaité par Brigitte Bardot pour sa fondation perdure», indique la Fondation Brigitte Bardot. La même équipe dirigeante reste aux manettes, et la «même éthique» prévaudra.
Décédée le 28 décembre à 91 ans, l'actrice s'était montrée confiante dans un ultime message posthume de vœux publié en janvier dans le magazine de sa fondation. «Le combat continuera, avec ou sans moi...», avait-elle écrit au sujet de l'avenir du mouvement qu'elle a créé.
La fondation compte près de 300 salariés et 500 bénévoles, et 13 000 animaux recueillis dans 4 refuges et 150 pensions partenaires. Elle mène des actions en France et aussi dans 70 pays pour secourir et protéger les animaux.
Vendredi, la fondation a remercié «infiniment toutes celles et tous ceux qui ont témoigné de leur affection et de leur soutien suite au décès» de Brigitte Bardot.
Défense des éléphants, opposition aux abattages rituels, à la corrida ou à la consommation de viande de cheval… L'icône du cinéma était devenue pasionaria de la cause animale au milieu de sa vie.
L'industriel Bernard d'Ormale, proche du Front national, a été son troisième mari.
Avec AFP
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À l’approche du Nouvel An lunaire en Chine, des tendances insolites envahissent les réseaux sociaux et les magasins: un cheval en peluche au visage boudeur, des gâteaux de riz gluant «adoptés» comme animaux de compagnie et même Drago Malefoy, célèbre méchant de la saga Harry Potter, deviennent des mascottes improbables de la fête. Entre humour, autodérision et détournements des traditions, ces phénomènes reflètent la créativité et la légèreté d’une jeunesse chinoise confrontée à un quotidien exigeant, tout en donnant le ton de l’entrée imminente dans l’Année du cheval, le 17 février.
Un cheval en peluche tristounet, des gâteaux de riz et l'un des méchants de la saga Harry Potter connaissent tous un succès improbable en Chine à l'approche du Nouvel An lunaire.
Viraux sur internet, ces phénomènes humoristiques détournent les traditions chinoises ou misent sur l'autodérision des jeunes Chinois. Une manière d'entamer dans la bonne humeur la période des fêtes qui culminera avec l'entrée le 17 février dans l'Année du cheval.
Voici ces tendances:
Méchant porte-bonheur
Drago Malefoy, l'un des jeunes méchants de la saga Harry Potter, s'est imposé comme la vedette surprise du Nouvel An.
Le visage de l'acteur britannique Tom Felton, qui incarnait le personnage dans les films de la série, est apparu ces dernières semaines sur des affiches, des magnets et même sur une banderole déployée dans un centre commercial chinois.
La franchise jouit d'une immense popularité dans le pays et le parc Universal Studios de Pékin abrite un grand quartier d'attractions Harry Potter.
L'actuelle obsession pour Drago Malefoy réside dans la translittération en chinois de son nom de famille: «Ma Er Fu», qui contient les caractères chinois «cheval» et «bonne fortune», un présage jugé de bon augure pour l'année à venir.
Agé de 38 ans, Tom Felton a lui-même adopté la tendance: il a reposté sur Instagram des vidéos de décorations du Nouvel An à son effigie.
«Cheval qui pleure»
Une simple erreur de fabrication dans une usine a fait d'un banal cheval rouge en peluche une véritable icône.
C'est un employé qui aurait cousu par inadvertance la bouche de l'équidé à l'envers, transformant son sourire originel en moue démesurée.
Un visage exprimant l'abattement qui trouve un écho auprès d'une jeunesse sous pression, confrontée à un marché du travail très compétitif et à une économie en perte de vitesse.
Surnommé sur internet le «cheval qui pleure», l'animal est devenu une sensation.
Au pic de sa popularité, près de 20.000 exemplaires s'écoulaient chaque jour et les commandes sont déjà attribuées jusqu'en mars, selon la télévision publique CCTV.
Son visage «rappelle vraiment un employé qui se motive pour aller travailler», a écrit un internaute sur le réseau social chinois Weibo.
Beaucoup ont acheté à la fois la version souriante et la version boudeuse, pour symboliser les hauts et les bas attendus de l'année à venir.
Gâteaux de compagnie
Autre tendance du moment: «adopter» des gâteaux de riz gluant.
Très populaires lors du Nouvel An dans une grande partie de l'est et du sud de la Chine, ces gâteaux à la texture fondante et élastique doivent, avant leur préparation, être trempés dans de l'eau, changée régulièrement.
Sur les réseaux sociaux, des utilisateurs montrent ainsi comment ils les «élèvent». Certains font mine d'être coincés à la maison pour les surveiller ou les présentent comme des alternatives (bien moins coûteuses en argent et en temps) aux chiens et chats.
Sur RedNote, plateforme chinoise comparable à Instagram, un utilisateur a récolté plus de 23.000 mentions «J'aime» en publiant la photo d'un sac de gâteaux de riz gluant abandonnés dans un train, accompagnée de la légende: «Qui a perdu son animal de compagnie?»
Ils rejoignent une longue liste d'objets inanimés que de jeunes Chinois débordés et désabusés ont adoptés avec humour et dérision ces dernières années, des noyaux de mangue aux pierres, en passant par des chiens en carton.
Cheveux à laver
Une croyance populaire en Chine appelle à éviter de se laver les cheveux le jour du Nouvel An (voire les jours suivants) afin de ne pas «emporter» avec l'eau toute la chance et la richesse à venir.
Solution: des internautes ont appelé à instaurer une Journée nationale de lavage des cheveux, la veille de la nouvelle année.
Le récent hashtag «#Lavage collectif des cheveux le 16 février» invite ainsi à un grand nettoyage national le dernier jour de l'année lunaire et les internautes entrevoient déjà des salons de coiffure pris d'assaut.
Par Sam DAVIES / AFP
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À Stellenbosch, haut lieu viticole sud-africain, une nouvelle forme de dégustation intrigue les visiteurs: l’eau minérale. Dans une région réputée pour ses grands crus, un sommelier propose désormais de découvrir des eaux d’exception venues du monde entier, une pratique encore marginale dans un pays marqué par de fortes inégalités d’accès à l’eau.
La plupart des touristes viennent à Stellenbosch pour se délecter d'un merlot ou d'un pinotage, le cépage local, issus des magnifiques vignobles environnants. Mais certains se laissent désormais séduire par la dégustation d'eaux minérales du monde entier, une expérience nouvelle en Afrique du Sud.
Dans une salle de dégustation où s'alignent d'élégantes bouteilles en verre, le sommelier Nico Pieterse vante les qualités et même la «connexion émotionnelle» de telle ou telle eau, une ressource que la majorité des Sud-Africains tirent de leur robinet.
«La plupart sont des eaux qui ont été récompensées dans des concours», explique M. Pieterse, 49 ans, à propos de sa sélection.
Nichée au pied d'une montagne majestueuse, à 40 km à l'est du Cap (sud), Stellenbosch attire de nombreux touristes sud-africains et étrangers venus déguster des vins qui ont fait sa réputation mondiale.
Mais la passion de Nico Pieterse, c'est l'eau et sa collection de quelque 40 marques prestigieuses ou rares, issues de sources volcaniques en Arménie ou d'anciens glaciers en République tchèque. La majorité viennent d'Europe, mais les exceptions sont notables: une eau de source de l'Himalaya, une autre du Mexique…
Deré Vermeulen, Sud-Africaine de 19 ans habituée à boire l'eau du robinet, sort emballée de la dégustation qui a duré une heure.
«Je suis le genre de personne qui vous dira que, l'eau, c'est de l'eau, raconte-t-elle à l'AFP. «Mais c'était vraiment très intéressant de parvenir à distinguer les saveurs différentes d'une eau à une autre. Je ne pensais pas y arriver».
De la bière à l'eau
Brasseur de formation, Nico Pieterse, s'est intéressé à l'eau, matière première de la bière, pendant la pandémie de Covid-19, quand la vente et la distribution d'alcool étaient interdites par le gouvernement.
De fil en aiguille, il est devenu l'un des deux seuls sommeliers d'eau certifiés en Afrique du Sud et a rejoint un club fermé d'une centaine de spécialistes dans le monde, selon lui.
Il fait désormais partie d'un jury qui, lors d'un sommet annuel dédié aux eaux d'exception, goûte et juge à l'aveugle plus de 100 eaux plates et 100 pétillantes.
Dans sa salle de dégustation à Stellenbosch, les convives goûtent six eaux, trois plates et trois gazeuses, servies dans des verres à pied entre 14 et 18 degrés, tout en discutant «minéralité» et filtration.
Son eau la plus chère, venue d'Allemagne, est vendue dans une bouteille ressemblant à celles du champagne, à 5 000 rands (environ 250 euros l'unité). Elle côtoie une eau sud-africaine riche en minéraux, qui se vend deux euros la bouteille.
Certains embouteilleurs vendent de l'eau du robinet purifiée par un processus d'osmose inverse, qui supprime les minéraux et le goût, met en garde le sommelier. «Cela retire toute l'eau, de telle sorte que l'eau est complètement morte.»
L'eau du robinet est généralement considérée comme potable en Afrique du Sud mais, dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde, seulement 45 % des ménages avaient accès à l'eau courante dans leur logement en 2023, selon des statistiques officielles.
À ces ménages s'ajoutent 30 % de la population qui a accès à un robinet dans une cour, à un point d'eau collectif ou à des collecteurs d'eau de pluie.
La vétusté du réseau entraîne régulièrement des interruptions prolongées de l'approvisionnement de communes entières, à l'origine de manifestations spontanées et souvent houleuses. Dans certaines régions, le manque de précipitations et les nombreuses fuites souterraines obligent les habitants à se faire livrer de l'eau par camion-citerne.
«Dans un pays où l'eau n'est pas facilement disponible, il est important de mettre en valeur et d'éduquer au sujet de l'eau et de sa rareté», estime Pieterse.
«Nous devons donner de la valeur à l'eau, afin que les gens en prennent soin.»
Avec AFP
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