Infos en direct
Cuba a informé les compagnies aériennes d'une absence de kérosène à partir de lundi minuit (compagnie européenne)Australie: le président israélien se recueille sur les lieux du massacre de Bondi BeachLa Bourse de Tokyo bondit de 2,6% après le triomphe électoral de Takaichi, grimpe à un nouveau sommetLégislatives au Japon: Trump souhaite un "grand succès" à la Première ministre et à son programme conservateurTrump affirme qu'il accueillera Xi Jinping à la Maison Blanche vers "la fin de l'année"La voix du Portugal en soutien de "valeurs européennes communes" reste "forte", salue von der LeyenJO: les Etats-Unis sacrés champions olympiques par équipe pour la deuxième fois de suitePrésidentielle au Portugal : Macron félicite Seguro pour sa victoire, appelle à "renforcer les liens" entre les deux ...Foot: le Paris SG pulvérise l'OM dans le Classique 5-0 et reprend à Lens la tête de la Ligue 1Le Mexique annonce le départ de deux bateaux d'aide humanitaire vers Cuba  Israël lance plusieurs frappes aériennes ciblant des positions du HezbollahLa Finul confirme la mise en œuvre du plan de désarmement de l’arméeRaid israélien au Liban-Sud : un mort du HezbollahJoseph Aoun en Espagne : armée, Finul et stabilité régionale au cœur des discussionsRésolution de l’AIEA : l’Iran accuse des pays occidentaux de chercher l’«escalade»Zelensky se concerte avec ses alliés européens sur le plan américainTrump et MBS scellent des accords colossauxAu moins cinq morts dans un séisme au BangladeshAïd el-Fitr sous tension dans la région

Écrire ma vieille guerre, honorer la vie

Écrire ma vieille guerre, honorer la vie
Encore ! Tu ressasses encore cette guerre ! Je m’arrête, confuse de traîner notre histoire comme aveuglement de dos. Double peine. Coupable de raviver les vieilles angoisses de ceux qui l’ont connue, cette ancienne guerre. Fautive d’encombrer les jeunes d’aujourd’hui de nos drames dinosaures. D’alourdir leur présent terrible avec nos conflits passés. Je m’arrête mais le récit se poursuit.

N’es-tu pas lasse ? Il est temps de tourner la page. Comment tourner des pages sans livre ? Sinon l’écrire, m’en acquitter, écrire ce dont on ne parle pas. Je n’attrape que par bribes ces années usées d’oubli. Je m’arrête, retiens mes mots comme corps perdus dans les décombres des villes. On a tous des images de Beyrouth explosé, de Bagdad ou Damas bombardé. Ma vieille guerre n’a d’autre visage que nos têtes tacitement obsédées, que nos mémoires. Le déni. Nos yeux détournés. L’immense silence qui a remplacé l’assourdissement de ces espaces-là. Rien. Ne pas en parler. Aller de l’avant. L’injonction répétée, aveugle. Penser le passé au passé, ne plus y penser. Fermer oreilles et bouche aux voix qui nous regardent.

Me taire et écrire. Écrire la guerre comme souffle fantôme, ses bruits tapis dans nos corps. Écrire, me remettre à la langue comme prières sans adresse. Dire les précipitations dans les sous-sols, ces lieux de sécurité improvisée, fragile. Ensemble, toujours prêts à quitter lits ou tables quand les bombardements nous bousculaient. Voisins comme famille autour de vie patiente, d’odeurs de café (bouilli selon les règles, trois fois). Nos nuits partagées entre pudeur et familiarité. Les abris, les anecdotes qu’ils drainent, singulières et si communes. Drôles, tragiques ou les deux à la fois. J’entends tant d’histoires quand je ferme les yeux, je revois les émotions de ces joues qui se dépêchent de raconter, leur excitation puérile.

Pourquoi tu en parles, toi qui es partie ? Que peux-tu en dire de ta place, avec quelle légitimité ? Je m’arrête. Dix années passées dans l’immédiat de la guerre ne suffiraient pas à en être marquée. Ni par la suite, la fusion paradoxale à distance, elle moi, éperdument reliées. Ridicule filiation à des temps spectraux. Je ne demande pas d’appartenir, je suis sans choix. Je n’ai pas fui la guerre, je l’ai emportée avec moi, assimilée à ma vie, comme sillages et réflexes. J’écris pour la dire, l’écouter comme l’on se souvient des odeurs des citronniers de son enfance. L’entêtement des sens.

Encore la guerre ! Certains me le reprochent. Pour d’autres, je n’en parle pas assez. Ils voudraient comprendre toute guerre à travers mes mots. Analyser en supposant savoir, pour avoir vu des films, lu des livres. Comment parler des nuances de ces jours-là ? Le quotidien ne se réduisait pas aux bombes et à la violence. Nos vies étaient étrangement ordinaires. Cette normalité qui fait mal et rassure, on reste des humains, des vulnérables. On trouvait du temps pour dépenser, stocker, manger ; trop manger comme si le manque était nourricier quand on manquait de mourir sans raison. On se trompait de privation, mais qu’importe, il fallait tout exagérer pour compenser l’inertie. Il fallait prier beaucoup ensemble ou en relation solitaire à la foi. On mourait d’autre chose aussi, maladie ou accident. On avait le temps de séduire, aimer, de rire et grandir. La guerre nous a appris à vivre en dépit de l’adversité, à tellement chérir la vie. Sans se décourager devant les nécessaires arrangements avec le réel ; la situation l’exigeait, on s’adaptait sans cesse, se réinventait. Vivre entre gravité et superficialité. Projeter nos futurs avec audace et prudence dans ces temps de mort banalisée.

Comment peut-on clore une histoire sans en avoir compris la fin ? Quelle transmission sans se reconnaître dans l’Histoire ? Douloureuse, tragique mais réelle. Matière collective, peau comme identité. J’écris « encore » la guerre pour approcher son absolu, toucher ses limites. Sans brouillage, plus loin que les souvenirs. L’éprouver vivant en moi, par sensations et mouvements. Sortir de la passivité du soulagement qui a suivi. L’écriture contre le vide en sourdine, nous n’avions pas Facebook ni Instagram pour consigner les instants par clichés. Pour partager, alerter, indigner. De rares photos noir et blanc traînent sur Internet, vestiges de journaux qui rappellent dates et événements. J’écris, ne chronique pas. Mes mots sont nomades, je les laisse parler. Je ne saurais pas répondre au devoir de mémoire, ni ne le pourrais : j’en suis, solidaire et concernée. Ma parole ne témoigne pas. Elle est traces. Stigmates dans la peau, dans l’esprit. Rythme au cœur.


Écrire ma démesure. Cette guerre-là aussi. Comme s’il me fallait retrouver la douceur dans les gravats et la ferraille, pour pardonner malgré tout. Pour aimer l’existence, ce qu’elle a été, nos insouciances partagées. Dignité et joie, oui. Écrire pour survivre à l’horreur de maintenant.

Écrire aujourd’hui pour admettre cette vie-là, la nôtre. L’honorer. La guerre n’est objet de honte que pour ceux qui l’entretiennent. Écrire ses cieux et terres par fragments, comme on évoquerait des objets fossiles, nous qui avons grandi dans leur désordre, entre désinvolture et angoisse. Dans la douce absurdité des dualités contradictoires.

Écrire une fois pour toutes, comme on dit. Écrire sans réserve pour mieux oublier. Fermer une porte, sceller le passé sur lui-même, embrasser les jours à venir. Pauvre des mêmes obsessions.

Oui, j’écris et vous demande pardon de rester l’enfant d’une guerre. Me taire et l’écrire. Lui tourner autour, comme enfant et mère.

Site Web de Gracia Bejjani
Page YouTube de Gracia Bejjani
🌙 ☀️

Connectez-vous à votre compte Ici Beyrouth.

Tous les champs sont obligatoires.

Mot de passe oublié ?

Créez votre compte Ici Beyrouth pour ajouter et conserver vos favoris.

Tous les champs sont obligatoires.

x Au moins 12 caractères x Une majuscule x Une minuscule x Un chiffre

Connectez-vous à votre compte Ici Beyrouth.

Tous les champs sont obligatoires.

Mot de passe oublié ?

Créez votre compte Ici Beyrouth pour ajouter et conserver vos favoris.

Tous les champs sont obligatoires.

x Au moins 12 caractères x Une majuscule x Une minuscule x Un chiffre