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#MeToo: Judith Godrèche livre un témoignage «de résistance» face à l'emprise

#MeToo: Judith Godrèche livre un témoignage «de résistance» face à l'emprise
Judith Godrèche revient sur sa relation adolescente avec Benoît Jacquot dans «Prière de remettre en ordre», un témoignage «de résistance» et de «reconstruction».
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Dans Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux, disponible en librairie en France à partir de vendredi, Judith Godrèche revient sur la relation qu’elle a entretenue adolescente avec le cinéaste Benoît Jacquot. À travers un ouvrage à la forme fragmentée mêlant textes, images et archives, la comédienne et réalisatrice s’inscrit dans la lignée des témoignages du mouvement #MeToo, décrivant ce livre comme un «acte de résistance» et une étape de sa reconstruction, des propos qu’elle a tenus lors d’une interview à l’AFP.

Judith Godrèche revisite dans un livre sa relation avec le cinéaste Benoît Jacquot alors qu'elle n'était qu'une adolescente, «un acte de résistance» qui fait «partie de la reconstruction», estime la comédienne et réalisatrice engagée dans la lignée du mouvement #MeToo.

Disponible en librairie à partir de vendredi, Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux (Seuil) est un témoignage de 200 pages à la forme innovante.

Il mélange courts chapitres, photos, dessins, articles de presse et devoirs d'école, avec parfois un seul mot écrit sur une page.

«Ce livre a été pensé sous une forme libre, un peu déconstruite, comme un puzzle. Il est pour moi le reflet de la destruction dont j'ai été victime enfant», explique Judith Godrèche dans un entretien à l'AFP.

«Mêler des articles, des textes d'enfants ou des photos permet d'ancrer le récit dans le réel», précise-t-elle, évoquant des «pièces à conviction».

Judith Godrèche, 53 ans, dit avoir hésité à publier ce livre, qui sort deux ans après la déflagration qu'elle avait provoquée en portant plainte pour viol sur mineur de moins de 15 ans contre le cinéaste Benoît Jacquot, de 25 ans son aîné, avec lequel elle a vécu une relation à partir de ses 14 ans.

«Comment aime-t-on une enfant dont on fait sa femme tout en sachant qu'elle est une enfant?», s'interroge-t-elle dans cet ouvrage où elle nomme Benoît Jacquot par ses initiales «BJ».

Elle a aussi accusé le réalisateur Jacques Doillon d'agression sexuelle.

Les deux hommes ont contesté ces allégations.

«Le plus de voix possible»

Depuis, Judith Godrèche s'est affirmée comme l'une des comédiennes les plus engagées après l'avènement du mouvement #MeToo en France, notamment en prononçant un vibrant discours à la cérémonie des César en 2024.

Son livre est dans la lignée des témoignages d'emprise et de violences sexistes et sexuelles publiés par Vanessa Springora (Le consentement), Camille Kouchner (La familia grande) et Neige Sinno (Triste tigre), qui ont eu un grand retentissement ces cinq dernières années.

«Je suis un maillon de la chaîne. L'important, c'est qu'il y ait le plus de voix possible pour que ça ne soit plus une petite mélodie, mais une fanfare», souligne-t-elle.

Il reste, selon elle, beaucoup à faire. «Je pense que ce que j'ai vécu serait plus compliqué aujourd'hui mais que c'est encore possible», estime-t-elle.

En tournant ces derniers mois un nouveau film, Mémoire de fille, inspiré d'un roman d'Annie Ernaux, «je me suis bien rendue compte de la position d'autorité que j'avais par rapport aux jeunes acteurs que je dirigeais, et qu'il était possible de glisser vers un abus de pouvoir.»

Revenue en France après une décennie aux États-Unis, Judith Godrèche a réalisé la série télévisée Icon of French Cinema, une comédie diffusée par Arte en 2023 qui s'inspire de sa vie.

Elle a ensuite présenté au Festival de Cannes en 2024 un court-métrage, Moi aussi, pour redonner une image à des centaines de victimes de violences sexuelles.

Pour la cinéaste, le livre qui sort est différent: «Il n'est pas un manifeste», mais plutôt «un acte de résistance», qui fait «partie de la reconstruction».

«Le prix à payer est conséquent», reconnaît-elle dans un entretien à Elle, en indiquant ne se voir proposer aucun rôle de comédienne, «même pas une figuration pour traverser la rue».

Judith Godrèche a par ailleurs annoncé en novembre avoir déposé plainte après la découverte de graffitis sur son immeuble la menaçant de viol ainsi que sa fille.

Dans son ouvrage, l'autrice écrit qu'elle a identifié «l'ennemi», celui qui la «perçoit» comme «une sorte de sainte-nitouche cucul la praline justicière à deux balles, qui nous gonfle». «Je comprends ceux qui me haïssent. C'est pour eux aussi que j'écris ce livre.»

Par Jérôme RIVET / AFP