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À Oslo, le dernier voyage de bateaux vikings

À Oslo, le dernier voyage de bateaux vikings
L'Oseberg entame son ultime voyage : le plus ancien bateau viking déplacé avec précaution vers son nouveau musée à Oslo.
Crédit photo :

À Oslo, les navires vikings changent de port. Âgés de plus d’un millénaire, les célèbres bateaux vikings d’Oseberg, Gokstad et Tune entament un transfert historique vers un nouveau musée à Oslo, conçu pour assurer leur conservation. Un déménagement à haut risque pour ces trésors nationaux, fragilisés par le temps.

Plus que millénaires, ils ont entamé ce qui devrait être leur dernier et, peut-être, plus périlleux voyage: trois bateaux vikings ont amorcé un déménagement à haut risque vers leur ultime demeure en Norvège.

Sur la péninsule de Bygdøy à Oslo, l'Oseberg, le plus vieux des trois, a ouvert le bal mercredi et regagné, sans encombre, son emplacement dans une extension du Musée de l'Age viking nouvellement construite pour abriter ce trésor national dans des conditions optimales.

Aussi vieille que fragile, la vénérable coque en chêne, enserrée dans une lourde protection métallique, a voyagé, très lentement mais sûrement, suspendue à une grue se mouvant sur un rail fixé en hauteur.

«C'est presque comme si elle naviguait dans les airs», s'est extasiée la directrice du musée, Aud Tønnessen, devant la majestueuse tête hélicoïdale qui surmonte le bateau.

«Il y a quelque chose de profondément émouvant à songer que ces navires, avec leur longue histoire et toutes les traversées qu'ils ont effectuées, entreprennent leur dernier voyage», a-t-elle dit.

Nommés d'après l'endroit où ils ont été découverts, l'Oseberg, le Gokstad et le Tune étaient conservés dans un bâtiment cruciforme de 1926, sous-dimensionné et inadapté à la conservation de bateaux construits entre l'an 820 et l'an 910.

«Ils étaient soumis à l'humidité, aux vibrations... Avec le temps, la contrainte est devenue si forte qu'ils ont commencé à montrer des signes qu'ils allaient finir par s'affaisser sur leurs supports», a expliqué Mme Tønnessen.

Décision a donc été prise de les placer dans un autre écrin: un bâtiment climatisé spécialement construit dans le prolongement du vieux musée, qui devrait permettre de les conserver en l'état pendant une centaine d'années.

Mais le déménagement lui-même est périlleux.

«Nous devons réussir cette opération sans davantage endommager les navires, mais on sait bien que chaque manipulation leur est néfaste», soulignait la semaine dernière le conservateur David Hauer, qui planche sur le projet depuis des années.

«Ce sont des coques à clin (dont les planches se chevauchent partiellement, ndlr) vieilles de 1.200 ans. A la moindre déformation, elles se fendent entre les rivets, le bois se fissure».

Comme «aller sur la lune»

D'infinies précautions ont été prises pour éviter la casse et, en particulier, les vibrations lors du transport confié à un groupe de services parapétroliers rompu aux travaux de très haute précision.

«Ça n'a jamais été fait auparavant, alors j'aime comparer ça à la première fois où l'homme est allé sur la lune», a souligné Lars Christian Gomnæs, directeur de projet à Statsbygg, la Direction norvégienne des constructions et biens publics.

«Ils avaient des plans pour le faire. Ils ont construit des fusées pour ça. Ils les ont testées. Mais jusqu'à ce qu'ils montent à bord et allument la mèche, ils ne savaient pas vraiment ce que ça donnerait», a-t-il relevé.

L'Oseberg a donc rejoint sa dernière demeure d'une façon quasi imperceptible à l'oeil nu, parcourant une centaine de mètres en un peu moins de dix heures, à une vitesse maximale de 24 centimètres par minute.

«C'est comme regarder la peinture sécher», a confié M. Gomnæs.

Le Gokstad devrait à son tour rejoindre son nouvel emplacement cet automne, et le Tune à l'été 2026. Fermé depuis 2021, le Musée de l'Age viking rouvrira ensuite en 2027.

Retrouvés tous trois dans des tumulus funéraires sur des sites distincts au sud-ouest et au sud-est d'Oslo, les bateaux vikings ont chacun leurs spécificités.

Richement décoré avec des sculptures élaborées, l'Oseberg est considéré comme le bateau viking le mieux conservé au monde.

Mesurant 23 mètres de long pour 5 mètres de large, le Gokstad, lui, est le plus gros des trois, tandis que le Tune, le plus dégradé, était, croit-on, un bateau de guerre particulièrement rapide.

Pour Jan Bill, professeur d'archéologie de l'époque viking, les navires étaient «d'une importance capitale».

«Sans leurs navires, les Vikings n'auraient rien pu faire de ce pour quoi ils sont connus. Ils n'auraient pas pu être des commerçants internationaux parcourant de longues distances probablement aussi des marchands d'esclaves, d'ailleurs», dit-il à l'AFP.

«Ils n'auraient pas pu explorer les mers, découvrir l'Islande, atteindre le Groenland... Et surtout, ils n'auraient jamais pu être les pirates et les guerriers des mers qu'ils ont été.»

Par Pierre-Henry DESHAYES / AFP

 

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