Infos en direct
Cuba a informé les compagnies aériennes d'une absence de kérosène à partir de lundi minuit (compagnie européenne)Australie: le président israélien se recueille sur les lieux du massacre de Bondi BeachLa Bourse de Tokyo bondit de 2,6% après le triomphe électoral de Takaichi, grimpe à un nouveau sommetLégislatives au Japon: Trump souhaite un "grand succès" à la Première ministre et à son programme conservateurTrump affirme qu'il accueillera Xi Jinping à la Maison Blanche vers "la fin de l'année"La voix du Portugal en soutien de "valeurs européennes communes" reste "forte", salue von der LeyenJO: les Etats-Unis sacrés champions olympiques par équipe pour la deuxième fois de suitePrésidentielle au Portugal : Macron félicite Seguro pour sa victoire, appelle à "renforcer les liens" entre les deux ...Foot: le Paris SG pulvérise l'OM dans le Classique 5-0 et reprend à Lens la tête de la Ligue 1Le Mexique annonce le départ de deux bateaux d'aide humanitaire vers Cuba  Israël lance plusieurs frappes aériennes ciblant des positions du HezbollahLa Finul confirme la mise en œuvre du plan de désarmement de l’arméeRaid israélien au Liban-Sud : un mort du HezbollahJoseph Aoun en Espagne : armée, Finul et stabilité régionale au cœur des discussionsRésolution de l’AIEA : l’Iran accuse des pays occidentaux de chercher l’«escalade»Zelensky se concerte avec ses alliés européens sur le plan américainTrump et MBS scellent des accords colossauxAu moins cinq morts dans un séisme au BangladeshAïd el-Fitr sous tension dans la région

«Le jeune homme» d’Annie Ernaux, un récit incisif

«Le jeune homme» d’Annie Ernaux, un récit incisif
Ce qu’écrit Annie Ernaux, livre après livre, c’est ce que la mémoire fait de nous. Toujours, à leur lecture, est affirmé que notre corps et notre esprit sont faits de strates de souvenirs et d’anciennes sensations qui provoquent, qui convoquent nos agissements. Comme pour questionner ce mystère du temps disparu et pourtant encore présent, l’écriture est alors le moyen de «sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais». Dans Les Années (2008), où l’on trouve cette citation, se déployait la fresque de nos vies, leur évolution progressive, et la présence quasi charnelle des absents évoqués par des photographies. Le nouveau récit d’Annie Ernaux, très court et rédigé peut-être avec la lame fine d’un couteau, est le rapport d’une rencontre amoureuse ancienne qui fait ressurgir les hasards et les chemins d’une vie.

Cet homme jeune qu’elle a aimé semble n’avoir plus de visage – plutôt devrait-on dire qu’il a plusieurs visages et que tout se brouille en ce palimpseste: l’amant, le fils, le passé. Elle aime ce garçon encore étudiant, alors qu’elle a un peu plus de cinquante ans. Elle retrouve à travers lui ses années de jeunesse et d’insouciance. Elle aperçoit ses fils qui furent eux aussi étudiants. Subtilement, elle analyse cet écart: il est «le porteur de la mémoire de mon premier monde». En effet, cet homme aimé «endosse le peignoir à capuche qui avait enveloppé d’autres hommes. Lorsqu’il le portait, je ne revoyais jamais l’un ou l’autre d’entre eux. Devant le tissu-éponge gris clair j’éprouvais seulement la douceur de ma propre durée et de l’identité de mon désir». La reviviscence de cette liaison est ainsi faite du mélange d’une présence/absence, et l’écriture, par sa nécessaire simplicité, trouble justement ce rapport au temps.

Celui-ci révèle ce que l’un et l’autre ont vécu ou ce qu’ils vivront séparément. Cette femme a connu les rues encore dévastées et les difficultés de l’après-guerre; les morceaux de musique des années 1960; le képi du général de Gaulle. «Que cette longue mémoire du temps d’avant sa naissance à lui soit en somme le pendant, l’image inversée de celle qui serait la sienne après ma mort, avec les évènements, les personnages politiques, que je n’aurai jamais connus, cette pensée ne m’effleurait pas. De toute façon, par son existence même, il était ma mort.»

Mais plus encore qu’une réflexion sur le temps et l’importance du présent vécu intensément, d’autres thèmes affleurent de ce texte: la description du «scandale» que représente un couple aux âges dissemblables (mis en regard d’une situation inversée où un homme d’âge mûr est accompagné d’une fille d’une vingtaine d’années – en ce cas, pour la société, il n’y a pas de scandale); mais encore et surtout la différenciation sociale. Elle voit, dans la posture et les gestes du jeune homme issu d’une famille endettée, sa propre jeunesse dans un milieu populaire. Par sa position sociale de femme professeure et auteure, cette relation amoureuse est, de fait, asymétrique et s’envisage «sous l’angle du profit»: au plaisir qu’il lui donne, elle lui offre des voyages à Venise ou à Madrid. Elle fixe les règles. Elle utilise l’arme de la domination.

La rupture amoureuse avec le jeune homme a lieu alors qu’elle achève l’écriture d’un livre dans lequel elle raconte son avortement. «Comme si je voulais le décrocher et l’expulser comme je l’avais fait de l’embryon plus de trente ans auparavant.»


Comme si les moments d’intensité pouvaient disparaître dans le sang de l’écriture.

Le Jeune Homme d'Annie Ernaux, Gallimard, 2022, 37 p.

Par Alexandre Blaineau

Cet article a été originalement publié sur le blog Mare Nostrum.

Lire aussi

🌙 ☀️

Connectez-vous à votre compte Ici Beyrouth.

Tous les champs sont obligatoires.

Mot de passe oublié ?

Créez votre compte Ici Beyrouth pour ajouter et conserver vos favoris.

Tous les champs sont obligatoires.

x Au moins 12 caractères x Une majuscule x Une minuscule x Un chiffre

Connectez-vous à votre compte Ici Beyrouth.

Tous les champs sont obligatoires.

Mot de passe oublié ?

Créez votre compte Ici Beyrouth pour ajouter et conserver vos favoris.

Tous les champs sont obligatoires.

x Au moins 12 caractères x Une majuscule x Une minuscule x Un chiffre