Le retour captivant de Talal Jurdi sur les planches
•2024-07-04 11:14
En ce moment, les projecteurs du théâtre Le Monnot sont braqués sur Hal hal shi tabi3i, une pièce mise en scène par le talentueux Riyad Chirazi. Sur scène, Talal Jurdi et Ziad Itani livrent une performance remarquable dans les rôles principaux.
Parmi les pièces incontournables de cette saison théâtrale, Hal hal shi tabi3i (Est-ce normal?) au théâtre Le Monnot se démarque grâce à une narration captivante et un jeu d’acteurs remarquable. Le casting est composé de Talal Jurdi, Ziad Itani, Nicole Maatouk, d'Elias el-Haber et Mohammad Chams. Mise en scène par Riyad Chirazi et écrite par Khaled Sbeih, la pièce propose une trame ficelée qui explore la nature humaine et les interactions sociales.
L'intrigue se déroule dans le cabinet d'un psychiatre à Beyrouth. Ziad, un patient singulier du Dr Talal, a droit à des rencontres extraordinaires et à des séances de thérapie mutuelle au sein de circonstances externes surréalistes. Les échanges reflètent la complexité accentuée des deux protagonistes et se transforment quelquefois en conflits entre deux morales et deux modes de pensée sociétaux différents. De la jeunesse durant la guerre civile jusqu'à l'effondrement total du Liban, ces complications s'étendent, jusqu’à la limite des tremblements de terre et des séismes intérieurs.
Talal Jurdi est un acteur à la fois conventionnel et hors du commun. Il apporte sa propre énergie sur scène et s'engage avec chaque mot ou soupir du texte. Il questionne son personnage et joue l'avocat du diable tout au long du processus de création. Acteur et philosophe inné, il saupoudre les sujets les plus poignants de sa touche humoristique. Authentique et talentueux, il s’immerge dans le processus créatif et contribue généreusement à la création, assurant sa cohérence globale. Cela se reflète dans son jeu, car il cède généreusement la place à ses partenaires pour briller. Dans cette pièce, il accorde par exemple une attention particulière au monologue criant de Ziad Itani, inspiré des luttes intérieures et extérieures du peuple libanais. Talal Jurdi réagit aux paroles de son partenaire frappant sans tomber dans le surjeu, tout en traduisant ses réponses plus dramatiques par ses micro expressions.
Comment a-t-il construit son personnage? «La construction du personnage m’a pris du temps. Il s'est écoulé un certain temps depuis 2018, date de ma dernière apparition sur scène. J'avais l'impression que mon cerveau était rouillé en quelque sorte, comme si je ne savais plus comment réfléchir. Il m’a donc fallu un certain temps pour m’y remettre. De plus, le personnage que j'incarne n'est pas profondément lié à un psychiatre d'un point de vue technique. Il endure aussi divers problèmes personnels. Lors de notre travail, nous nous sommes concentrés sur cela en nous engageant dans le processus. Pourtant, tout au long de la pièce, le psychiatre que je jouais a commencé à se révéler à moi. Nous n'avons eu que trois semaines de répétitions, j'ai donc commencé à nourrir ce personnage pendant les représentations.»
Commentant l'importance du théâtre dans le monde chaotique d'aujourd'hui, Talal Jurdi déclare: «Je pense que le théâtre est ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui, dans notre monde actuel. Avec l'essor de l'IA, des médias sociaux et d'autres outils, le théâtre reste l'art le plus vrai qui perdure. C'est l'un des rares arts où il nous est impossible d’être faux, perdus dans notre identité ou cachés derrière les outils technologiques. De plus, la vie sociale connaît une certaine dégradation. Par conséquent, le théâtre pourrait être considéré comme une activité sociale de grande importance, oui.»
Est-ce que cela ferait encore une différence dans notre société libanaise? «Je ne suis pas sûr si cela changerait les choses au Liban à ce stade. Cela se serait produit il y a bien longtemps sinon. Cependant, le théâtre demeure une ancre pour ce genre de culture et d'activité sociale. Il redonnerait toujours de l'espoir aux Libanais d'une certaine manière», souligne-t-il.
Interrogé sur la pertinence, d’un point de vue artistique, d’utiliser ses propres désillusions ou celles du public comme matière première pour créer un spectacle théâtral, l’acteur affirme: «Ce n'est pas une obligation de mettre intentionnellement des désillusions sur scène. Le théâtre est un jeu interactif entre les acteurs et leur public. Les deux parties savent qu'elles sont au cœur d'un jeu, et qu'elles doivent en observer les règles. Elles sont simplement conscientes, que pour un laps de temps, elles joueraient ce jeu et feraient ensemble un bref voyage.»
La pièce se joue jusqu'au 7 juillet, du jeudi au dimanche à 21h.
À l’approche de la Saint-Valentin, février s’impose comme le mois de l’amour. Mais que met-on vraiment derrière ce mot que l’on croit évident? En sept volets, cette série propose une exploration culturelle du sentiment amoureux: son histoire, ses récits, ses contraintes et ses désillusions, pour comprendre comment nos façons d’aimer se sont construites et continuent d’évoluer.
Nous aimons croire que nos histoires sentimentales sont uniques. Pourtant, dès l’enfance, nous apprenons à aimer à travers des récits qui nous précèdent. Films, séries, chansons et romans n’ont pas seulement raconté l’amour: ils en ont fixé les cadres, les gestes attendus, les mots jugés légitimes et même les déceptions acceptables. Sans toujours en avoir conscience, la culture populaire façonne notre manière de vivre les relations amoureuses.
Le cinéma a joué un rôle central dans cette mise en forme. Depuis l’âge d’or hollywoodien, l’amour y est présenté comme une histoire reconnaissable : une rencontre, des obstacles, une crise, puis une résolution. Peu à peu, cette structure s’est imposée comme une norme affective. Aimer, ce serait vivre une relation avec un début clair, des épreuves signifiantes et, si possible, une fin heureuse. Le couple devient alors un récit à mener à bien, et toute relation qui s’en éloigne paraît incomplète, fragile ou vouée à l’échec.
Les comédies romantiques ont largement contribué à cette vision. Elles ont diffusé l’idée que l’amour «vrai» doit être évident, presque magique. Les difficultés y sont temporaires, les malentendus toujours levés à temps. Ce modèle crée une attente paradoxale: nous souhaitons des relations simples, mais chargées d’une intensité exceptionnelle. Or la réalité affective est rarement aussi lisible. Quand l’expérience vécue ne correspond pas au scénario appris, le doute apparaît: est-ce encore de l’amour?
La chanson populaire a, elle aussi, joué un rôle majeur. Elle a donné une langue aux émotions amoureuses, mais aussi des repères implicites. Les refrains parlent de passion absolue, de manque insupportable, de désir exclusif. Aimer, ce serait souffrir intensément et vouloir sans limite. Ces récits rendent certaines émotions socialement acceptables – la jalousie, la dépendance, la douleur – tout en rendant suspectes des formes de lien plus calmes ou plus nuancées. L’amour apaisé y semble souvent trop ordinaire pour être célébré.
Les séries contemporaines ont renforcé ce phénomène. En multipliant les intrigues sentimentales, elles montrent l’amour dans sa répétition: ruptures, retours, triangles amoureux, crises successives. Si elles offrent parfois une image plus réaliste des relations, elles entretiennent aussi une tension permanente. L’amour devient un espace dramatique continu, où l’ennui est perçu comme un signe d’échec et la stabilité comme un manque d’histoire. Là encore, la relation est évaluée selon sa capacité à produire du récit.
La littérature n’échappe pas à cette logique. Du roman sentimental aux textes contemporains, l’amour y occupe souvent une place centrale. Mais en devenant un moteur narratif, il s’est aussi transformé en épreuve personnelle. Aimer, ce n’est plus seulement partager un lien, c’est se définir, se transformer, parfois se perdre. Héritée du romantisme, cette vision continue d’influencer nos représentations: l’amour serait censé révéler notre vérité la plus intime.
Ce conditionnement narratif a des effets très concrets. Il façonne nos attentes et notre manière d’interpréter les relations. Nous guettons les grands gestes, les preuves visibles et les signes spectaculaires. Le silence inquiète, la banalité dérange. La culture populaire nous apprend ainsi non seulement comment aimer, mais aussi comment reconnaître – ou disqualifier – l’amour.
Pour autant, il serait trop simple d’y voir une pure manipulation. Ces récits offrent aussi des ressources précieuses: ils aident à nommer des émotions floues et à partager des expériences communes. Le problème n’est pas leur existence, mais le fait qu’ils deviennent des modèles implicites, présentés comme naturels. Lorsqu’ils se transforment en normes, ils rassurent autant qu’ils enferment.
Aujourd’hui, certains récits commencent à s’en détacher. Films, romans et séries proposent de plus en plus des amours imparfaites, parfois sans résolution nette. Ils montrent des relations qui ne suivent pas de trajectoire idéale, mais qui existent malgré tout. Cette évolution traduit une fatigue face au grand récit romantique, et peut-être le désir de formes plus proches de l’expérience réelle.
Aimer reste une expérience intime, mais jamais totalement vierge. Entre désir personnel et modèles appris, nos relations se construisent dans un dialogue constant avec les récits qui nous entourent. Prendre conscience de ces influences, c’est peut-être se donner la liberté de l’inventer autrement.
À suivre : L’amour sous contraintes : quand aimer signifie aussi composer avec le pouvoir
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Quand l’amour devient un scénario
Caption:
Films, séries, chansons et romans n’ont pas seulement raconté l’amour : ils ont façonné nos attentes, nos gestes et nos déceptions. En transformant l’expérience amoureuse en en modèle tout fait, la culture populaire influence nos relations, souvent à notre insu.
Avez-vous déjà eu l’impression de vivre une histoire d’amour « comme dans un film » ?
Pour en savoir plus, lisez l’article de Bélinda Ibrahim sur #IciBeyrouth via le lien en bio.
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À l’approche de la Saint-Valentin, février s’impose comme le mois de l’amour. Mais que met-on vraiment derrière ce mot que l’on croit évident ? En sept volets, cette série propose une exploration culturelle du sentiment amoureux: son histoire, ses récits, ses contraintes et ses désillusions, pour comprendre comment nos façons d’aimer se sont construites et continuent d’évoluer.
L’amour est souvent présenté comme une évidence intemporelle, une expérience universelle que toutes les sociétés partageraient sous des formes à peine différentes. Pourtant, l’histoire culturelle montre l’inverse : aimer est une pratique profondément située, façonnée par les normes sociales, les institutions, les récits littéraires et les cadres symboliques propres à chaque époque. Le sentiment amoureux n’est pas immuable ; il se transforme, se codifie, se contredit parfois. En retraçant ses métamorphoses, on découvre moins une vérité éternelle qu’un révélateur des sociétés qui l’ont pensé.
Dans l’Antiquité grecque et romaine, l’amour n’existe pas comme un bloc homogène. Les Grecs distinguent plusieurs formes d’attachement : éros pour le désir, philia pour l’amitié, agapè pour l’amour désintéressé. Cette pluralité n’est pas anodine : elle indique que le lien amoureux n’est ni central ni nécessairement lié au couple conjugal. Le mariage relève avant tout de la transmission patrimoniale et de l’ordre civique. L’amour, lui, circule ailleurs : dans l’amitié masculine, dans les relations pédagogiques, dans le plaisir. Chez Platon, l’amour devient même un moteur d’élévation intellectuelle, un chemin vers le Beau et le Vrai, bien loin de l’idéal romantique moderne.
Rome, de son côté, aborde l’amour comme un art social. Ovide, dans L’Art d’aimer, décrit la séduction comme une pratique maîtrisable, presque stratégique. L’amour y est jeu, technique, rhétorique ; il s’apprend et se cultive. Rien ici de l’idée d’âme sœur ou de passion exclusive : aimer n’est pas se perdre, mais savoir faire.
Le Moyen Âge marque un tournant décisif avec l’émergence de l’amour courtois. Dans les cours aristocratiques du XIIᵉ siècle, les troubadours inventent une nouvelle grammaire amoureuse : aimer devient une épreuve, un service rendu à une dame idéalisée, souvent inaccessible. Cet amour est codifié, ritualisé, et surtout dissocié du mariage, qui reste une affaire d’alliances et de lignages. La distance, l’attente et la frustration ne sont plus des obstacles : elles deviennent la condition même de l’intensité amoureuse. Aimer, c’est souffrir, désirer sans posséder, transformer le manque en vertu. L’amour cesse d’être un simple plaisir pour devenir une expérience morale et symbolique.
À la Renaissance, l’individu commence à s’imposer comme sujet central. L’amour se fait plus introspectif, plus personnel. Les poètes, de Pétrarque à Dante, décrivent un sentiment qui transforme celui qui aime, qui le travaille de l’intérieur. Ce n’est plus seulement une posture sociale, mais une expérience intime, parfois contradictoire. Le sentiment amoureux devient un lieu de tension entre l’idéal et le réel, entre l’élévation et la souffrance. Cette subjectivation prépare le terrain à la révolution romantique.
C’est au tournant des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles que l’amour tel que nous le concevons aujourd’hui s’impose véritablement. Le romantisme érige la passion en valeur suprême. Aimer, désormais, c’est se révéler à soi-même, s’engager corps et âme, parfois contre les normes sociales. Stendhal théorise ce mouvement avec la célèbre notion de « cristallisation » : l’être aimé devient le support de projections idéales, le miroir d’un désir absolu. L’amour n’est plus maîtrisé ; il déborde et justifie les excès. Cette conception passionnelle s’accompagne d’une attente nouvelle : celle que l’amour donne sens à l’existence.
Le XXᵉ siècle introduit un regard plus critique. Avec la psychanalyse, l’amour cesse d’être seulement exalté : il est interrogé. Sigmund Freud montre que l’amour est traversé par l’inconscient, les répétitions et les conflits infantiles. Aimer n’est plus seulement choisir ; c’est rejouer. Le sentiment amoureux devient un terrain d’ambivalence, mêlant attachement, dépendance, idéalisation et angoisse de perte. Cette lecture fissure l’illusion d’un amour naturellement harmonieux.
Aujourd’hui, l’amour se décline sous une multiplicité de formes : conjugal, libre, exclusif ou non, durable ou éphémère. Les normes se fragmentent, les modèles coexistent. Loin de signifier la fin de l’amour, cette diversité rappelle sa nature profondément culturelle. Chaque époque invente les récits qui lui permettent d’aimer… ou de croire aimer.
Ainsi, l’amour ne peut pas être réduit à un simple sentiment. Il est une construction mouvante. En ce sens, aimer n’a jamais cessé de changer et c’est peut-être cette instabilité même qui le rend si difficile à définir.
À suivre : Quand l’amour devient un scénario : comment la culture populaire écrit nos relations
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À lire sur #IciBeyrouth
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Title : Aimer a-t-il toujours voulu dire la même chose ?
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L’amour que nous croyons universel est en réalité une construction historique. Du Moyen Âge aux idéaux romantiques modernes, chaque époque a façonné ses façons d’aimer, ses attentes et ses interdits, transformant le sentiment amoureux au fil du temps.
Aimer aujourd’hui, est-ce vraiment aimer librement ?
Pour en savoir plus, lisez l’article de Bélinda Ibrahim sur #IciBeyrouth via le lien en bio.
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Quelques semaines après le décès de l’actrice et militante, son époux depuis 33 ans, Bernard d’Ormale, a été élu à la présidence de la Fondation Brigitte Bardot. L’industriel accompagnera la continuité des actions en faveur des animaux, dans le respect de l’esprit et de l’éthique instaurés par l’actrice. La fondation, qui compte près de 300 salariés, 500 bénévoles et agit dans plus de 70 pays, poursuit ainsi sa mission de protection et de secours des animaux.
L'époux de Brigitte Bardot, Bernard d'Ormale, a été élu vendredi à la présidence de sa fondation pour la cause animale, selon un communiqué.
«Mari de Brigitte Bardot durant 33 ans, il l'a accompagnée dans la vie comme dans l'ensemble de ses combats en faveur des animaux en détresse. Il veillera scrupuleusement à ce que l'esprit souhaité par Brigitte Bardot pour sa fondation perdure», indique la Fondation Brigitte Bardot. La même équipe dirigeante reste aux manettes, et la «même éthique» prévaudra.
Décédée le 28 décembre à 91 ans, l'actrice s'était montrée confiante dans un ultime message posthume de vœux publié en janvier dans le magazine de sa fondation. «Le combat continuera, avec ou sans moi...», avait-elle écrit au sujet de l'avenir du mouvement qu'elle a créé.
La fondation compte près de 300 salariés et 500 bénévoles, et 13 000 animaux recueillis dans 4 refuges et 150 pensions partenaires. Elle mène des actions en France et aussi dans 70 pays pour secourir et protéger les animaux.
Vendredi, la fondation a remercié «infiniment toutes celles et tous ceux qui ont témoigné de leur affection et de leur soutien suite au décès» de Brigitte Bardot.
Défense des éléphants, opposition aux abattages rituels, à la corrida ou à la consommation de viande de cheval… L'icône du cinéma était devenue pasionaria de la cause animale au milieu de sa vie.
L'industriel Bernard d'Ormale, proche du Front national, a été son troisième mari.
Avec AFP
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