Infos en direct
Cuba a informé les compagnies aériennes d'une absence de kérosène à partir de lundi minuit (compagnie européenne)Australie: le président israélien se recueille sur les lieux du massacre de Bondi BeachLa Bourse de Tokyo bondit de 2,6% après le triomphe électoral de Takaichi, grimpe à un nouveau sommetLégislatives au Japon: Trump souhaite un "grand succès" à la Première ministre et à son programme conservateurTrump affirme qu'il accueillera Xi Jinping à la Maison Blanche vers "la fin de l'année"La voix du Portugal en soutien de "valeurs européennes communes" reste "forte", salue von der LeyenJO: les Etats-Unis sacrés champions olympiques par équipe pour la deuxième fois de suitePrésidentielle au Portugal : Macron félicite Seguro pour sa victoire, appelle à "renforcer les liens" entre les deux ...Foot: le Paris SG pulvérise l'OM dans le Classique 5-0 et reprend à Lens la tête de la Ligue 1Le Mexique annonce le départ de deux bateaux d'aide humanitaire vers Cuba  Israël lance plusieurs frappes aériennes ciblant des positions du HezbollahLa Finul confirme la mise en œuvre du plan de désarmement de l’arméeRaid israélien au Liban-Sud : un mort du HezbollahJoseph Aoun en Espagne : armée, Finul et stabilité régionale au cœur des discussionsRésolution de l’AIEA : l’Iran accuse des pays occidentaux de chercher l’«escalade»Zelensky se concerte avec ses alliés européens sur le plan américainTrump et MBS scellent des accords colossauxAu moins cinq morts dans un séisme au BangladeshAïd el-Fitr sous tension dans la région

Ma mémé

Ma mémé
Et puis il y avait elle, ma mémé avec sa tignasse blanchâtre comme la neige qui coiffe obstinément le sommet de Sannine et ses yeux bleus desquels le ciel en emprunte la couleur. Et il y avait moi et mon innocence que je traînais comme un boulet à l’âge où j’étais haut comme trois pommes, où j’avais encore les portugaises ensablées par le chuchotement doux de la vie, où je prêtais mon oreille aux contes rocambolesques venus d’un ailleurs que seule ma mémé en était familière. Je rangeais au placard mon sentiment d’insécurité pour faire montre d’insouciance et de fortitude à ma grand-mère aguerrie par l’exode du début du siècle dernier. Elle avait condamné à l’autodafé son livre d’histoire pour le réécrire à l’aune de mon enfance. Mon enfance bégayait de fragilité, clopinait sur le chemin du massacre syriaque par les Ottomans.

«Quand on en tue un, c’est un meurtre. Quand on en tue une dizaine, c’est un massacre. Mais quand on en tue des milliers, c’est un génocide, qu’elle me serinait inlassablement.»

L’Histoire s’apprend par cœur quand le corps n’y est plus. Je me laissai rouler dans la farine par la faconde de ma grand-mère turque qui déployait des récits qu’elle me crochetait la nuit au moment où que je suis assis au pied du chauffage à gaz sur lequel je posais du pain à griller que je trempais par la suite dans la mélasse mélangée à la crème de sésame. Truculentes étaient ses historiettes. Sanguinolentes étaient ses descriptions. Elle multipliait par cent le nombre de Syriaques assassinés aux mains des Turcs. Je ne savais pas compter. Mais elle savait conter. Elle était haineuse et revancharde envers tout ce qui est musulman, et plus particulièrement les Turcs.

Elle me trouva un sobriquet: sisyo (cheval en syriaque populaire) en raison de ma pétulance et mon impétuosité qu’elle devait souvent dompter à coup de mule.


À l’heure du bain que je prenais un jour sur deux, elle allumait le chaudron rempli à ras bord d’eau et attendait que la condensation embrume le miroir. Dès lors, elle m’aidait prestement à me déshabiller pour être dans mon appareil le plus simple. Je n’étais conscient ni de ma nudité ni de sa sacralisation. Elle m’invitait à enjamber la lisière de la baignoire en me tenant par un bras. «Téta, je ne veux pas que l’eau soit bouillante. — T’inquiètes!, qu’elle me disait avec assurance.» Elle me récurait la peau comme si elle desquamait un poisson. Elle me passait un sacré coup de luffa tout en choisissant de faire la sourde oreille à mes cris d’orfraie à chaque fois qu’elle astiquait ma peau sensible. J’en sortais rouge comme une écrevisse, comme à l’issue d’un nouveau baptême. Plus chrétien que Jésus lui-même. L’eau nous éclaboussait nous deux. On en riait comme si on était deux êtres insouciants, étourdis par la simplicité de la vie. Cette complicité ne me laissait guère insensible.

Sa robe, sous l’effet de l’eau, moulait ses seins qui choyaient jusqu’au niveau de son nombril et qui avaient nourri ma mère. Et je voyais les lèvres de ma mère suçotant les tétons de ma mémé, vision que je balayais aussitôt en m’essuyant les yeux brûlés par le savon de laurier dont l’arôme empreignait la salle de bain, mon ablution, mon enfance, ma mémoire olfactive à laquelle j’ai recours même aujourd’hui pour me replonger dans les délices d’un bain moussant.

 

Lire aussi

🌙 ☀️

Connectez-vous à votre compte Ici Beyrouth.

Tous les champs sont obligatoires.

Mot de passe oublié ?

Créez votre compte Ici Beyrouth pour ajouter et conserver vos favoris.

Tous les champs sont obligatoires.

x Au moins 12 caractères x Une majuscule x Une minuscule x Un chiffre

Connectez-vous à votre compte Ici Beyrouth.

Tous les champs sont obligatoires.

Mot de passe oublié ?

Créez votre compte Ici Beyrouth pour ajouter et conserver vos favoris.

Tous les champs sont obligatoires.

x Au moins 12 caractères x Une majuscule x Une minuscule x Un chiffre