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Delphine de Vigan interroge l’emprise du smartphone dans «Je suis Romane Monnier»

Delphine de Vigan interroge l’emprise du smartphone dans «Je suis Romane Monnier»
«Avec Je suis Romane Monnier», Delphine de Vigan explore l’emprise du smartphone et les traces numériques laissées à l’ère des réseaux sociaux.
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À travers Je suis Romane Monnier, en librairie cette semaine chez Gallimard, Delphine de Vigan explore l’emprise du smartphone sur nos vies contemporaines et les traces numériques laissées après une disparition. En mêlant fiction intime et réflexion sociétale, la romancière interroge notre rapport aux écrans, à la mémoire et à l’effacement à l’ère des réseaux sociaux.  

C'est un livre qui n'aurait pas pu être écrit il y a 20 ans: le nouveau roman de Delphine de Vigan raconte l'emprise du smartphone sur nos vies et les traces qu'il laisse lorsqu'on disparaît.

«Que veulent vraiment nos téléphones?», s'interroge l'héroïne de Je suis Romane Monnier (Gallimard), qui sort jeudi en librairie.

Comme dans ses précédents romans, de Rien ne s'oppose à la nuit à Les enfants sont rois, l'autrice «invente des personnages qui vont faire vivre ces interrogations à travers leur intimité», explique-t-elle à l'AFP.

Je suis Romane Monnier, mets en scène deux personnages principaux, la jeune Romane et Thomas, un homme d'âge mûr, qui, un samedi soir, échangent par mégarde leur portable dans un bar.

Romane accepte le lendemain de redonner son bien à Thomas mais demande à celui-ci de garder le sien, sans expliquer pourquoi elle s'en débarrasse.

À la fois interloqué et curieux, Thomas commence à fouiller le téléphone pour tenter de comprendre pourquoi la jeune femme s'est «soustraite du monde», sans plus donner de signe de vie.

Dans son journal intime conservé par l'appareil, Romane avoue ne plus supporter «ces flux continus sur X, sur Insta, sur TikTok, ces fils que l’on déroule sans fin, dont on ne verra jamais le bout». «Nous avons perdu la satisfaction d'avoir terminé, la certitude que cela s’arrête quelque part», se désole-t-elle.

«la vie sans smartphone»

Pour Delphine de Vigan, ce «sentiment d'être submergé dans l'océan numérique» semble «partagé par un nombre croissant de personnes». Dont certaines décident alors de «décrocher», notamment de l'actualité.

Mais la romancière se garde d'aller au-delà de ce constat: «Je n'ai pas du tout envie de donner des leçons, ça ne m'intéresse pas et ce n'est pas mon rôle».

Dans le roman, Thomas se souvient aussi de «la vie sans smartphone», de «ce temps qu'il pouvait passer assis à une terrasse de café, le nez en l'air ou à regarder les gens passer», sans être happé par l'écran de son téléphone. «Ce temps non compté, sans enjeu, sans empreinte, a disparu, englouti par un objet», constate-t-il.

Depuis qu'elle a commencé à écrire des romans, dont D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan s'intéresse aux «traces qu'on laisse».

«Pour des jeunes générations, il n'y a pratiquement plus rien de matériel, d'écrit. Très rares sont ceux qui s'écrivent des lettres ou qui écrivent un journal intime sur le papier», remarque-t-elle. Tandis que leur portable renferme à la fois du «très anecdotique» et du «très intime», «noyés dans la masse infinie des données numériques».

De ce fait, «que fait-on du téléphone de quelqu'un qui disparaît ou qui meurt?», se demande Thomas dans le roman. Et «quelles seront les archives du XXIe siècle?», s'interroge-t-il.

Je suis Romane Monnier, parait cinq ans après. Les enfants sont rois, un roman sur les enfants surexposés aux réseaux sociaux.

«J'ai la chance de vivre de l'écriture pour créer à mon rythme, ce qui est un grand privilège», souligne Delphine de Vigan.

Explorant d'autres registres, elle a écrit une pièce de théâtre, Les figurants, qui sera mise en scène par Valérie Donzelli à Paris et au festival d'Avignon cet été.

Par Jérôme RIVET / AFP

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