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Marcel Ophuls, cinéaste lucide, briseur de mythes français

Marcel Ophuls, cinéaste lucide, briseur de mythes français
Marcel Ophuls (au centre) tient son Oscar du Meilleur Documentaire avec ses amis Peter Kovler (à gauche), Jon Friedman, Hamilton Fish (2e à droite) et Catherine Zins, le 29 mars 1988 lors de la 61e cérémonie des Oscars.
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Le réalisateur Marcel Ophuls est décédé à l’âge de 97 ans. Il laisse une œuvre documentaire majeure qui a profondément bouleversé la mémoire collective sur la Seconde Guerre mondiale.  

Le réalisateur oscarisé Marcel Ophuls, qui a fait voler en éclats le mythe selon lequel la France aurait résisté à l’occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale dans The Sorrow and the Pity, est mort à l’âge de 97 ans, a annoncé sa famille lundi.

Ophuls, fils du célèbre réalisateur juif allemand Max Ophuls, est «décédé paisiblement le 24 mai», a déclaré son petit-fils Andreas-Benjamin Seyfert dans un communiqué envoyé à l’AFP.

Ophuls a secoué la France en 1969 avec The Sorrow and the Pity, consacré à la ville provinciale occupée de Clermont-Ferrand sous le régime collaborationniste de Vichy.

Il a discrètement déconstruit l’un des mythes les plus enracinés du pays : que la France et les Français avaient toujours résisté aux Allemands, et le film a été interdit à la télévision publique jusqu’en 1981.

À travers un montage d’interviews et d’archives, le documentaire a montré à quel point la collaboration avec les nazis était répandue, du coiffeur le plus modeste aux élites de la haute société.

Ophuls a minimisé son exploit, affirmant qu’il ne cherchait pas à juger la France, mais qu’il réalisait une commande pour la télévision.

«Pendant 40 ans, j’ai dû supporter toutes ces conneries sur le fait que ce serait un film à charge. Il ne cherche pas à accuser les Français», a-t-il insisté.

«Qui peut affirmer que son pays se serait mieux comporté dans les mêmes circonstances?», a-t-il ajouté.

Bien que durant plus de quatre heures, son film a touché une génération et attiré les foules en salle, à une époque où les documentaires étaient rarement projetés au cinéma.

Ophuls est né Hans Marcel Oppenheimer à Francfort, en Allemagne, le 1er novembre 1927, de l’actrice allemande Hilde Wall et du réalisateur Max Ophuls.

Il a fui vers la France avec son père et les réalisateurs Billy Wilder et Fritz Lang, avant de traverser les Pyrénées et d’arriver aux États-Unis en 1941.

Il a grandi à Hollywood, a servi comme GI au Japon en 1946, puis est revenu en France en 1950. Il a débuté comme assistant réalisateur, travaillant sur le dernier film de son père, Lola Montes, en 1955.

Il a connu un échec dans la fiction avec Banana Skin en 1963, avec Jean-Paul Belmondo et Jeanne Moreau, avant de se tourner vers le documentaire à la télévision publique française.

Hotel Terminus – The Life and Times of Klaus Barbie lui a valu l’Oscar du meilleur documentaire en 1989.

Mais son documentaire de 1994, The Troubles We've Seen, sur le journalisme de guerre en Bosnie, a été un échec commercial.

Il a passé plusieurs années reclus dans le sud de la France sans travailler. Son retour avec Un voyageur, un film de voyage sorti en 2013, a rempli la salle au Festival de Cannes.

Il était philosophe quant à l’influence de son père.

«Ça m’a aidé à trouver du travail. Mais surtout, ça m’a aidé à rester modeste sur mes propres réalisations. Je suis né dans l’ombre d’un génie, et cela m’a épargné la vanité», disait-il.

Avec AFP